jeudi 27 novembre 2008

Surponctuation

Chui pas suidaire, mais autodestuctrice. Ils m'ont dit que j'étais, que je suis bordeline ( ça me prend deux fois plus de temps à écrire: chui complètement saoule ( je l'ai dit dans ma tête pour pouvoir l'écrire)). Pour moi, un frein c'est sur une queue ou sur un truc avec des roues. J'aime pas, mais faudrait. Ma vie s'en trouverait mieux. J'ai flirté ce soir, alors que je devais faire mes devoirs. Ma rédaction: oubliée; des flirts. J'ai aimé (le barman), reaimé (l'ancien sous-chef) et, j'ai aimé pour la première fois (un gars du Saguenay). Un jour, quelqu'un m'a dit t'es responsable, mais t'es pas raisonnable...

Mauve

Tu dis toujours qu’on est comme le sel et le poivre, Laurel et Hardi ou Bonnie and Clyde. Pour former un duo, ça prend un contraste et un nom. Pas de problème pour le premier. Mais comment on pourrait s’appeler? John et ou and Cam. Le choix du mot pour l’union importe. Il nous dit qui l’emporte. Il indique la couleur de notre couple. Bleu Québec ou rouge Canada. En choisissant, on affiche notre distance. Donc, l’anonymat me semble préférable pour notre survie. Peut-être qu’un jour on trouvera un compromis. Pour l’instant, je profite de toi et tu me le rends bien.

Merde! Le soleil se lève. Fidèle à toi-même, appuyé sur ma cuisse, tu ronfles. Grosse marmotte. Réveille-toi. Dis-moi que tout va bien. La lumière du jour me fout la chienne. Je me demanderai toujours pourquoi tant de personnes aiment ça. Moi, tout ce que je vois là-dedans, c’est la réalité. La vérité. L’univers se charge de nous rappeler notre laideur. Juchée sur la porte de la rue St-Jean. J’ai le privilège de voir les gars de la Ville tenter de cacher les déboires de la race humaine. On les paye pour camoufler nos cochonneries. Des milliers de sacs verts, témoins de la débauche de la veille. Après, j’assiste à la parade du camion-citerne. Une horreur. On gaspille une quantité incroyable d’eau avec l’espoir de laver nos conneries. Mais on va rester pogné avec, de toute façon, parce que la rigole brune alimente nos égouts. Québec a mal. L’odeur humide de la crasse me lève le cœur. Fait que pour passer ma nausée, je préfère me doser de bonheur préfabriqué. Comme pour ben du monde, ma seule réussite se résume à la fuite. J’ai mal.

Je l’avoue. Je fais partie du troupeau. Sauf que je me tiens à l’écart. Le Québec est loin. Un animal blessé, ça pèse sur le groupe. Les autres aiment mieux le laisser de côté pour continuer à avancer. Ceux qui sont rejetés forment leur propre clique et leurs membres s’aident à survivre ou à se nuire. Faut comprendre que même si on s’éloigne, on reste des êtres humains. On peut pas vivre seul, sinon on vire fou. Wo! Du calme Camille! Je commence à trop penser, c’est le temps de bouger et d’aller trouver Kim. On va acheter notre issue. Réveille beau brun! Je te brasse un brin et t’essuies le petit filet de bave qui nous relie. T’es prêt? On a plus rien. Faut aller voir Kim – Ready Belle.

On descend les marches deux par deux. Après, on traverse le Carré d’Youville en courant comme si dix câlisse de cochons nous suivaient. Mais on prend quand même le temps d’observer le mouvement de recul des gens. Leur dégoût. Ça donne l’illusion d’avoir un pouvoir. L’apparence, la plus grande frayeur des années deux mille. On se croit bien au-dessus de tout ça, on a compris, nous. En se déguisant, on se convaint, on pense éviter la contamination. Mais le cuir, matière animale, attire les comportements qui rappellent ceux des bêtes. On apprécie notre carapace. Même si on est naïf de croire en sa protection. La preuve, pendant notre marathon, un petit flow, qui fait du vélo, me lance Cours, cours ! Fucking Bitch ! Est-ce que c’est pour le paraître que l’anglais prend le dessus? Pourquoi on se laisse infiltrer? Les moutons bleus vont se mettre à bêler en anglais? En plus d’être colonisé, on va être assimilé. On fait tout pour se conformer, mais on réclame notre indépendance. Quand je pense que je fais l’amour à l’ennemi.

Bon, ça commence à urger là. Mon cerveau fonctionne trop. Trouver Kim. Fumer un joint. Kim is over there Cam! – Ouais, Kim est là-bas John. On avance vers la scène du Carré. Elle est assise dans les marches. On « barguine ». On remet à plus tard. On part les poches remplies de rêves. J’ai faim, John. – Do you want strawberries? — Des fraises? OK… Conne, j’avais pas remarqué qu’on était posté juste à côté d’un kiosque. Je me tourne vers John. Il me tend une chopine avec un sourire satisfait. P’tit voleur! Merci Babe! On se dirige vers les Plaines, pour se nourrir et se griser.

Allongés, sur la terre qui témoigne de notre différence. On essaie de se comprendre. Les yeux au ciel et la tête sur ton ventre. Tes doigts rougis caressent mes cheveux bleus. Ils deviennent mauves. Je veux dormir, John. J’hais voir clair. – Sleep Belle, I’m right there. Don’t be scared. La franchise du jour se brouille. Quand je respire du gris, les nuages se pointent. Je ferme les yeux et ma tête se remplit de toi, de nous. Cam you've got to sleep now.- Oui, t’as raison…Je prends mon souffle une dernière fois en souhaitant être assez mêlée pour tomber.

Cam, Cam. Je me réveille avec la face de John à un pouce de la mienne. Come to the "porte" with me. – OK, on est partis. Ses yeux me disent que ce soir encore, on va se convaincre que la terre pourrait tourner dans l’autre direction. Et on va prendre ce qu’il faut pour la suivre. Il fait noir, rien n’est clair. Je me sens bien. Prête à tout critiquer pour m’oublier. L’histoire, notre refrain, se répète chaque nuit. Une fois bien installée, je lâche l’élastique et tout se met à briller. La clarté par intraveineuse. Mon esprit s’illumine. J’ai la conviction de tout comprendre. Sauf comment t’aimer.

De retour sur les portes, notre estrade. Le crime consiste à penser qu’on est au-dessus des autres. On cherche les clichés. On rit des petites poulettes chromées qui se dandinent pour allumer à peu près n’importe qui. Ha! ha! Regarde-la, a vient de tomber en bas de ses bottes de salope. – Poor baby… Pis, des gars, les gros poissons, qui les suivent en espérant atterrir au même endroit qu’elles. Puis, lui le cave qui rentre dans le parcomètre. Épais, ça t’apprendra à mater des culs. — Yeah right! Les petites bébêtes vont toutes à la même place. Elles s’entassent dans les bars et fuient en groupe. Elles cherchent un cœur pour pomper le sang d’un autre. Mais là-dedans, tout le monde se parle sans s’entendre. Cam. Youhou… Cam! Where are you? – Scuse moi Babe. J’t’écoutais pas…Un petit sac pend au bout de mon nez. OK!

Une fois qu’on commence à planer, on s’arrange pour conserver notre hauteur. Parce que normalement, la fin du voyage se termine par un crash. Une dose, ça ajoute des étoiles au ciel et du bleu sur mon bras. Le corps on l’oublie. Tout passe par l’esprit. Les idées roulent. Elles accélèrent et au moindre relâchement, on s’assure de garder le rythme. Sauf que cette nuit, c’est différent. J’ai l’impression que le moteur étouffe. Mais je garde ça pour moi, faudrait pas te faire peur. Hey Cam! Do you want it! – Oui John, j’en veux encore… Je dérape. Je me laisse influencer. Puis, d’un autre côté, je garde le contrôle en choisissant de m’engourdir. Et pourquoi pas en finir? On va arrêter de se marcher dessus. Belle do you want some more of that shit? – Oui, John donne moi s’en de la marde. Je m’allonge et plonge mes yeux dans l’infini en sachant très bien ce qui m’attend. Mon pouce appuie sur la seringue. Je me concentre sur la dose. Elle part de mon bras et visite chaque parcelle de mon être.

C’était la dernière. Mon corps essaie de me sortir de moi. Je tremble. Ma bouche se remplit d’écume. Elle coule sur ma joue. Tu me regardes impuissant. Tu veux me sauver sans pouvoir le faire. N’ais pas peur, ça va bien… Je pars doucement, même si tes yeux te disent le contraire. Fie-toi pas à eux. Belle don’t go. Fuck I’m so stupid. Je sais. Tu te sens coupable. Tu m’as demandé d’en prendre encore. C’est pas grave. Tu savais pas. De toute façon, on pouvait pas continuer ensemble. Notre sang était pas de la même couleur. On s’aimait mal. Mais pour une fois on a fait front commun. On a utilisé une tactique que je connais bien. Pour moi, la seule façon possible pour arrêter d’aimer un truc, c’est de le briser. Le Québec est brisé.

Pour la première fois depuis longtemps, je dors durant la nuit.

dimanche 23 novembre 2008

Marquée comme la nappe

Une goutte tombe sur la nappe. La cliente me regarde effarouchée. Sur le coup, en frais de plaidoyer, je lui sors l'analogie d'Andréa: c'est bien des tâches ça racontent une histoire. La soirée est inscrite par bribes colorées sur fond blanc. La dame rit. Moi, non, mais je force un sourire. Faut être avenante, c'est le métier.

J'explique, Andréa, elle aime les cicatrices. Elle dit que c'est beaux, que ça narrent l'histoire d'une vie. Elle est drôle mon amie. J'ai pas envie moi que mon existence soit relatée par les vestiges de mes névroses hystériques, de mes crises d'angoisse et de panique. En plus de ces marques-là, faut ajouter les marques involontairement parsemées sur mon être lors de mes dérapes.

Mise en situation:

- Mamie Rita? C'est quoi la tâche brune sur ton bras?
- Ma belle Lili, tu sais quand ta grand-maman était plus jeune, elle aimait beaucoup jouer et boire longtemps, longtemps avec ses amis. Elle rentrait souvent tôt le matin. Des fois, elle buvait tellement qu'elle trébuchait et se faisait très mal. Ça saignait, ça s'infectait et ça finissait par laisser des traces brunes comme celle que tu vois là!
- Haaaaa...
Vous comprendrez que j'opterai certainement pour la bonne vielle histoire de la fouille en vélo.
Je suis marquée et y'a pas de quoi se vanter. J'ai des sillons plein le corps. Des heures durant, je m'abrase. Je suis pas assez cinglée pour croire que ça va faire passer le mal. Mais, le fait est que j'aime plus avoir une doulheur à ma peau qu'à mon âme.


Étrangement, chaque fois que j'ajoute une trace, je panique à l'idée qu'elle restera gravée dans mon épiderme. Plus j'y pense, plus je tripote et plus je me ronge.


Le pire, je réitère.

mercredi 19 novembre 2008

Courriel

Y'a pas d'objet, y'a juste des mots pour te dire comment je vais et qu'est-ce qui va. En ce moment, je mange des raisin bran sèches (j'ai regardé sur la boîte pour savoir comment ça s'écrit) en buvant une bière et j'écoute la reprise de Loft Story. Je reviens du théâtre, Regard neuf. Une pièce interactive, bien pensée, bien faite. Ma vie me plait, je m'occupe. La seule chose qui me tanne, c'est que je suis ben cassée. Je vis dans l'indigence. Je mange une canne de thon à tous les deux jours et je me fais des omelettes. Le reste de mon alimentation est constituée de pain baguette et de café. Je m'ennuie ben gros de me nourrir avec toi. Mais je m'habitue à être seule même si y'a plein de choses qui me manquent de notre quotidien. J'écoute ta musique et je me rappelle de comment ta barbe sent. Pis des fois, je pense à quand on s'embrasse, à un orgasme. Je trouve ça beau. Je te trouve beau et je nous trouve beau. Tout ça, ça me fait pas oublier toutes mes, tes larmes et tous mes, tes cris. Je nous rêve. Je me sens bien. Je sais c'est quoi l'objet. Ça fait longtemps qu'on s'est pas parlé? Faudrait se voir? J'ai un sérieux besoin de sauce à spaguetti! Ça doit être ça.